IPPJ : une situation sous pression qui appelle des réponses structurelles

À la suite des déclarations du Parquet de Bruxelles concernant la prise en charge de mineurs en conflit avec la loi, la Ministre de l’Aide à la jeunesse Valérie Lescrenier, souhaite apporter des éléments de clarification et rappeler les actions engagées pour répondre aux besoins du terrain.

Une pression réelle sur l’ensemble du système

Chaque année, près de 44.000 jeunes sont accompagnés par les services de l’Aide à la jeunesse. Parmi eux, 95 % sont des jeunes en danger ou en difficulté, et 5 % des jeunes en conflit avec la loi.

Le manque de places, tant pour les jeunes en danger que pour les jeunes en conflit avec la Loi, est une réalité structurelle identifiée depuis plus de 20 ans.

Les données récentes même si celles-ci doivent être objectivées, tendent vers une évolution préoccupante de la situation :

  • Rajeunissement des profils,
  • Faits plus violents,
  • Implication dans des réseaux criminels,
  • Pression accrue sur les décisions judiciaires qui orientent souvent vers un placement.

En 2025, à Bruxelles, 7.166 mineurs ont fait l’objet de dossiers pour des infractions, dont 1.592 ont été mis à disposition du Parquet.  

Une lecture objectivée des listes d’attente

Il est essentiel d’analyser ces chiffres avec un certain recul. L’inscription d’un jeune sur une liste ne signifie pas qu’il est sans prise en charge. Dans de nombreux cas, ces jeunes bénéficient déjà d’un accompagnement, notamment via les équipes mobiles d’accompagnement (EMA), les services d’actions restauratrices et éducatives (SARE), ou encore des placements en IPPJ dans d’autres régimes, comme les dispositifs d’évaluation et d’orientation, en régime ouvert ou fermé. Ils peuvent également être orientés vers des services résidentiels spécialisés (SRS) lorsque leur profil le nécessite.

À ce jour, pour les magistrats bruxellois, les inscriptions sur listes d’attente se répartissent comme suit :

  • 53 en éducation à régime ouvert intra-muros garçons
  • 52 en éducation à régime ouvert extra-muros garçons
  • 80 en éducation à régime fermé garçons
  • 3 en éducation à régime fermé filles
  • 2 en SEVOR régime fermé garçons
  • 8 en éducation intra-muros filles
  • 95 en accompagnement via équipes mobiles d’accompagnement (EMA)
  • 15 en investigation et évaluation via équipes mobiles d’accompagnement (EMA)

En réalité, pour les IPPJ, cela représente 118 garçons (sur 185 demandes) et 11 filles (sur 13 demandes) effectivement en attente. Plus largement, à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 201 jeunes différents sont inscrits sur les listes d’attente pour les unités garçons, pour un total de 315 inscriptions. Cet écart s’explique par le fait qu’un même jeune peut être inscrit sur plusieurs listes en fonction de son profil et des orientations envisagées : 43 % des jeunes sont ainsi inscrits sur plusieurs listes.

Par ailleurs, les délais moyens d’attente sont d’environ deux mois en régime ouvert et de trois mois en régime fermé.

Il convient également de préciser que l’inscription sur liste d’attente n’équivaut pas à une absence de réponse judiciaire. Les jeunes restent soumis aux décisions du magistrat : ils peuvent faire l’objet d’un suivi par le service de protection judiciaire (SPJ), bénéficier d’un accompagnement ou d’une autre mesure, voire être placés dans un dispositif alternatif. Dans certains cas, l’inscription sur liste d’attente est maintenue comme levier dans le suivi judiciaire, indépendamment de l’évolution de la situation.

Enfin, les données montrent que 76,29 % des prises en charge proposées à partir des listes d’attente sont refusées par les magistrats, ce qui illustre la nécessité d’adapter au mieux les propositions aux profils des jeunes.

Ces éléments confirment que, si le manque de places en IPPJ est une réalité, les chiffres doivent être interprétés avec nuance, dans un système où différentes réponses continuent d’être mobilisées.

Des éléments à nuancer sur les faits récents

Les informations relayées ces dernières heures appellent toutefois à être précisées. Selon les données transmises par mon administration de l’Aide à la jeunesse et la cellule de liaison qui gère les admissions :

  • Deux places ont été attribuées à la suite de demandes du Tribunal de la jeunesse de Bruxelles (une en unité « intermède » et une en régime ouvert intra-muros) ;
  • Deux jeunes ont bien été inscrits sur listes d’attente en éducation en régime ouvert et via des équipes mobiles d’accompagnement.

À ce stade, il n’y a pas eu 10 demandes enregistrée.

Un plan d’actions pour renforcer les capacités et adapter les réponses

Face à cette situation tendue, un plan d’actions a été acté par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles le 3 avril dernier.

Ce plan prévoit notamment :

  • Une augmentation progressive des capacités en IPPJ, avec un passage de 245 places aujourd’hui à 286 en 22028, et jusqu’à 301 en fin de législature avec la création d’un SRS spécifique ;
  • L’ouverture de 30 places supplémentaires en régime intra-muros à l’IPPJ de Forest à l’horizon 2028 ;
  • Une réorganisation des structures existantes, permettant notamment de libérer et d’optimiser des places tant en régime fermé qu’en régime ouvert;
  • La transformation des unités « extra-muros » en unités intra-muros dès 2027 ;
  • La création de services résidentiels spécialisés pour mieux orienter les jeunes selon leur profil ;
  • La mise en place, dès fin 2026, d’unités d’accueil de courte durée pour les primo-délinquants ;
  • Des solutions transitoires pour maintenir les capacités durant les travaux de rénovation de certaines institutions.

Parallèlement, les dispositifs alternatifs sont renforcés, notamment les équipes mobiles d’accompagnement, avec une augmentation significative des prises en charge (+43 prises en charge).

Une approche globale intégrant prévention et accompagnement

La Ministre rappelle donc que les IPPJ ne constituent pas la seule réponse à la délinquance juvénile.

Une gradation des mesures existe et est mobilisée en lien avec les magistrats, notamment :

  • Les équipes mobiles d’accompagnement,
  • Les services d’actions restauratrices et éducatives
  • Les placements en Service Résidentiel Spécialisé
  • Les placements en IPPJ à régime ouvert à fermé

Ces dispositifs permettent d’apporter une réponse adaptée aux profils des jeunes, en combinant dimension éducative, responsabilisation et encadrement. La réponse ne peut pas être uniquement quantitative.

L’objectif est d’agir à la fois en amont, pour prévenir les parcours de délinquance, et en aval, pour assurer une prise en charge adaptée.

Valérie Lescrenier, Ministre de l’Aide à la jeunesse :

« La situation décrite par le Parquet met en lumière une pression réelle sur le système, que nous ne contestons pas. Mais elle doit être analysée avec précision : des réponses ont été apportées ce week-end aux magistrats de la Jeunesse qui ont contacté la cellule de liaison. La réponse du Gouvernement est structurelle, progressive et déjà en cours de mise en œuvre, avec un plan d’actions visant à augmenter les capacités, mieux organiser les prises en charge et diversifier les réponses. »

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